Liberté Hebdo, la lutte finale?

Liberté Hebdo est au bord du gouffre. L’un des derniers journaux d’opinion de la région Nord-Pas de Calais est mal en point. Les employés, eux, n’ont pas dit leur dernier mot. Un vent de lutte souffle depuis des mois. Journalistes, comptable, secrétaire, maquettiste…tous combattent main dans la main. Soutenus par les militants et la jeunesse communiste, leur oxygène se prénomme solidarité.

Réunion, discussion, mobilisation. Les salariés de Liberté Hebdo ne chôment pas pour remettre leur journal d’aplomb.

Réunion, discussion, mobilisation. Les salariés de Liberté Hebdo ne chôment pas pour remettre leur journal d’aplomb.

9h, rue Roger Salengro à Hellemmes. Dans les locaux de Liberté Hebdo. Dehors il pleut. Le temps est morose. Marc Bollier, le comptable, fume une dernière cigarette dans le hall d’entrée, avant de s’atteler à la tâche. Il est bien placé pour parler de la crise que traverse le journal.  A l’intérieur, espace cuisine, c’est l’heure du café. L’ambiance est plutôt conviviale. Ça discute numérique, Rue 89… Ça plaisante. Le journal n’est pas encore mort.  « Je refuse de me laisser enterrer vivant ! », proteste Mathieu Hébert, l’un des cinq journalistes qui composent la rédaction. « Liberté Hebdo est fier de son engagement et l’assume. Il ne peut pas disparaître » peste le journaliste Ludovic Finez.

Optimisme dans les chaussettes

10h30, au premier étage de l’espace Marx, repaire de Liberté Hebdo, le ton est différent, maussade. La bonne humeur matinale a disparu. Dans les bureaux, les mines sont abattues. « A la dernière réunion j’ai annoncé que j’étais pessimiste. Vaut mieux avoir conscience des difficultés plutôt que de se les cacher. » Bruno Saligot a le mauvais rôle. Constamment le nez scotché aux chiffres de son ordinateur, le directeur financier ne peut pas être confiant. Christian Lemieuvre, le maquettiste et Anne Baure à la publication assistée par ordinateur (PAO), partagent la même pièce et le même avis. Tous deux âgés de 51 ans, ils ont du mal à envisager l’après Liberté Hebdo. « On ne sait pas où on va. Demain on fait quoi ? On a les études des gamins à payer », lance Christian. Et Anne d’ajouter « le moral, ça dépend des jours ! Je suis pour que l’on maintienne le titre et les emplois. »

Cafés, clopes, boissons énergisantes… Il faut tenir le coup ! Amaury Lebreton, journaliste, s’en grille une. Lui aussi est fatigué. « La motivation et le moral sont en chute libre. » Il s’occupe de la cellule d’abonnements. Les dirigeants de Liberté Hebdo ont lancé une idée qui relève de la gageure. Récolter 2000 abonnements supplémentaires avant le 31 décembre. Pour survivre. Amaury court partout, fait des discours, en vain. 120 abonnés de plus pour l’instant. « Malgré tout on n’a pas le droit de lâcher. Liberté n’est pas qu’un employeur. C’est un journal résistant, un héritage. Cet attachement, je le dois à des rencontres. Quand je n’y crois plus, je pense à tous ceux qui se battent pour sauver leur outil de travail. » Toutes « ces petites gens », cœur de cible de Liberté Hebdo.

« On se serre les coudes ! »

13h, déjeuner entre collègues à la pizzeria du coin. Retour sur la manif du matin. La déconne reste intacte. L’équipe est forte, soudée. « Ce sont des difficultés rencontrées par beaucoup de journaux mais nous sommes capables de les surmonter grâce à notre union. Ici il n’y a personne en trop, il faut se battre pour ça », rappelle Elise Tenoglia, apprentie en gestion administration. Pourtant la sentence a sonné. « Un plan de restructuration a été annoncé. Je pense qu’il sera mis en place rapidement. Cadeau de Noël ! », plaisante amèrement Mathieu. Christine Chollet, au secrétariat, n’a pas envie de rire. « On se pose beaucoup de questions. On ne peut pas se prononcer. » « Pour la survie du journal on ne baisse pas les bras mais individuellement on est inquiet », lâche Albert Lammertyn, journaliste. Ce plan, décision des dirigeants, est contesté. Certains émettent quelques réserves quant à l’implication de la fédération communiste du Nord. « J’ai trouvé curieux d’annoncer un plan de restructuration avant d’annoncer le plan de développement du journal. On ne peut pas construire une maison en abandonnant ses outils ! », s’insurge le rédacteur en chef. « On n’était pas une priorité pour eux. Ils se sont réveillés depuis la fameuse Une, quand ils ont compris qu’on pouvait mourir », récrimine Mathieu. Pour Elise au contraire, pas de doute : « La fédé nous soutient. Elle a hypothéqué un bâtiment appartenant au patrimoine communiste. C’est comme si on était sur un bateau. Si on coule, la fédé coule avec nous. »

Relève assurée

17h30, la journée est loin d’être finie pour Bruno Cadez. Il reçoit des jeunes communistes prêts à soulever des montagnes pour sauver l’hebdo. Au journal, les solutions pour perdurer font l’unanimité. Le numérique, exister sur la toile, toucher un nouveau lectorat plus jeune et pas uniquement communiste, embaucher un(e) commercial(e).   « Le gros problème, c’est qu’il n’y a personne pour démarcher la pub, les nouveaux marchés. Du boulot il y en a mais faut aller le chercher », insiste Christian. Chez les jeunes « coco », les projets sont tout autres. Ils veulent débattre. Créer l’événement. Participer à la rédaction du titre. Une édition « place aux jeunes » sera publiée fin décembre début janvier. « Vous pouvez la jouer provoc. On parle de tout, on ne s’interdit rien » s’exclame Bruno. Le but est de diffuser ce numéro spécial aux abords des facs et des métros. « On manque d’audace. Les jeunes l’ont peut-être  », concède le rédacteur en chef. Cet enthousiasme et cette fraîcheur sont les bienvenus. La jeunesse comme porte de secours vers l’avenir ? « La raison d’exister de Liberté Hebdo est de porter dans la région un message d’espérance, d’émancipation et de contestation. Les combats qu’on perd sont ceux qu’on ne mène pas. Ne jamais se résigner. » Parole de rédacteur en chef.

Charlotte Provin

2 comments for “Liberté Hebdo, la lutte finale?

  1. DUBOIS
    22 novembre 2013 at 16 h 18 min

    Bon papier, qui décrit bien l’ambiance du journal et ne cache pas ce que les salariés sur le coeur. Puisse cet article et votre blog contribuer à remettre Liberté Hebdo sur de bons rails.

    Marc DUBOIS, ancien journaliste de Liberté (quotidien) et rédacteur en chef-adjoint de Liberté Hebdo

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